La saison 1 avait pu installer le concept de neuropsychoéducation, avec un schéma le résumant qui nous a accompagné jusqu’à maintenant, et qui ne semble pour l’instant pas devoir être démenti
Cette première saison ( 2023-2024) s’était terminée en affirmant la nécessité de défendre une clinique des troubles des apprentissages par rapport à la déconstruction engagée sur la position scientiste avec le pseudo concept de trouble du neurodéveloppement.
La saison 2 a permis d’illustrer la réalité de cette crainte en dénoncant le mésusage de la notion de fonction exécutive ou de trouble dysexécutif.
Ce qui est confirmé par la littérature scientifique qui ne montre pas d’efficacité des prétendues remédiations cognitives des fonctions exécutives.
On ne peut pas batir des rééducations autour de modèles uniquement fonctionnalistes.
Doebel S. introduit le concept de contenus de pensée sans lesquels ces fonctions exécutives ne pourraient agir.
Le cerveau à éduquer n’est pas un organe qui doit être uniquement stimulé ou inhibé, mais il faut s’intéresser aussi à ce qu’il doit accumuler en interaction avec ses environnements. Le développement n’est pas que le résultat de la maturation de structures neurologiques, mais la mise en place de contenus qui eux même vont servir de substrat à l’expérience.
D’où la nécessité de s’intéresser autrement à la mémoire sémantique de l’enfant avec un préalable phénomènologique.
La science ne peut rien si ses objets ne sont pas définis en dehors d’elle. Autrement, elle ne sert qu’elle-même ou la technique, telle que l’a dénoncée Jacques Ellul.
Comment peut on faire de la « science » sur la mémoire de l’enfant si on ne définit pas par le menu ses contenus et la manière dont ils évoluent avec l’âge ?
Ainsi, nous avons abordé le concept d’âge de raison. Ce concept est propre à l’anthropologie, mais peut ensuite orienter la recherche sur le développement, si on prend conscience qu’il correspond à une phase cruciale pour l’adaptation socioémotionnelle à long terme, avec l’intricaton du développement cognitif, du développement social et même du développement moral. Ce sont des thèmes qui ne sont pas toujours envisagés par une neuropsychologie rendue réductionniste pour entrer dans le cadre de l’expérimental.
Une autre illustration de la nécessité d’élargir le champ d’intérêt de la neuropsychologie est le développement de la conception du temps chez l’enfant. En reprenant l’ouvrage de Jean Cambier nous avons pu voir la nécessité de définir le temps d’un point de vue philosophique, avant de vouloir le confronter à la clinique et, seulement après, à la science expérimentale.
Or, actuellement, c’est le schéma inverse qui semble utilisé. Une illustration est la dyscalculie : on décrit un fait expérimental , le rôle du sillon intrapariétal dans la mise en place de la ligne numérique ,et on en déduit ce que doit être la dyscalculie ; ceci est rendu possible par une description de plus en plus dimensionnelle et spectrale des troubles des acquisitions scolaires ; cette « clinique déconstruite » permettant de trouver plus facilement des corrélations validant le modèle…
Là encore la clinique sert la science et non l’inverse.
Un débat très actuel est la recherche d’un consensus sur les règles d’exposition aux écrans des enfants. La science et l’expertise scientifique se veulent l’arbitre de ce débat. Mais la science expérimentale est dans ce débat tout sauf un arbitre, puisqu’elle est partie prenante puisque dans le domaine du développement son critère principal est l’efficacité qui lui-même est le but de la technique. On peut donc ne pas s’étonner qu’elle ne trouve pas d’argument pour soutenir l’angoisse civilisationnelle que constitue la précocité du fonctionnement en mode connecté de l’enfant. Là encore les dangers doivent être d’abord définis par rapport aux enjeux anthropologiques et non sur des critères scientifiques qui ne défendent qu’une vision du progrès.
Comme l’avait énoncé en son temps Alexandre Luria, la neuropsychologie ( dont il était l’inventeur) ne peut être une science validée par le nombre mais une observation des phénomènes cliniques sur la base d’un modèle antrhopologique qui analyse le comportement pathologique par rapport à une conception de l’adaptation non pas à son environnement immédiat mais par rapport à son humanité.
Cette saison a permis d’élargir les bases conceptuelles d’une neuropsychoéducation, face à la vacuité de l’éducation basée sur la preuve ,telle que démontrée dans notre séance sur la rééducation orthophonique des dyslexiques .
Le multilinguisme lui aussi doit être décrit dans sa variété et ses contextes socioculturels avant d’être confronté à la science
Ma position n’est pas antiscientifique, mais j’estime que la science expérimentale n’est pas la vérité, ou le seul chemin de la Raison ; elle ne doit être que l’auxiliaire d’une pensée qui doit préserver son humanité. A l’heure de l’engouement pour l’intelligence artificielle, ceci doit être rappelé surtout, si on veut donner une rationalité aux stratégies éducatives.
Cette saison 2 a montré que de nouvelles cliniques émergent au fur et à mesure où on analyse sur le terrain ( et non dans le laboratoire) avec prudence la complexité du développement au lieu de la réduire pour pouvoir la faire entrer dans des corrélations.
Voici une sélection parmi la bibliographie utilisée au cours de ce séminaire
Livres
Akhutina, T ,Pylaeva N.M. (2012)
Overcoming Learning Disabilities: A Vygotskian-Lurian Neuropsychological Approach
Cambridge University Press
Barkley R.A. (2020)
Executive Functions What They Are, How They Work, and Why They Evolved
Guilford Press
Bramaud du Boucheron G. (1981)
La mémoire sémantique de l’enfant
PUF
Du temps et des hommes. Vers une neuropsychologie du Temps
Editions de l’infini.
Costa A. ( 2020)
The Bilingual Brain: And What It Tells Us about the Science of Language
Allen Lane
Del Giudice M. (2018)
Evolutionary Psychopathology: A Unified Approach
Oxford University Press
Eliott J.G., Grigorenko E.L. (2024)
The dyslexia debate revisited
Cambridge University Press
Fayol, M. (2022)
L’acquisition du nombre
Que sais-je ?
Pennington B.F. et al. ( 2019)
Diagnosing learning disorders. From science to practice
Guilford press
Articles
Buzi G, Eustache F, Droit-Volet S, Desaunay P, Hinault T. (2024)
Towards a neurodevelopmental cognitive perspective of temporal processing. Commun Biol. 14;7(1):987.
Doebel S. (2020)
Rethinking Executive Function and Its Development.
Perspect Psychol Sci. 15(4):942-956.
Frith, C.D., Frith, U. (2021).
Mapping Mentalising in the Brain.
In: Gilead, M., Ochsner, K.N. (eds) The Neural Basis of Mentalizing. Springer, Cham
NIEDER Andreas (2025)
The Calculating Brain.
Physiol Rev. . 2025 105(1):267-314
Reilly J, et al ( 2024)
What we mean when we say semantic: Toward a multidisciplinary semantic glossary.
Psychon Bull Rev.32 (5)
Turiel E. ( 2024)
Looking Back and Moving Forward: Historical Lessons for Current Research on Moral Development
Human Development 68, 103-120
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